Conte indien illustré : Histoire de Lynx (États-Unis) | Histoire pour enfant

 

Un conte américain : Histoire de Lynx

Conte publié dans notre Cram Cram 49 aux États-Unis
Les contes traditionnels font partie du patrimoine de l'humanité. Nous ne sommes que des passeurs. C'est avec plaisir que nous offrons ce conte aux petites oreilles et aux grands cœurs.
Illustrations Lucy Rioland. 

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Le jour où commence cette histoire, Lynx, l’enfant indien, a douze ans. Il est assis près de son père, dans une clairière sur un tronc d’arbre mort. Lynx sait qu’il va subir une initiation difficile : il va devoir quitter l’enfance mais il ignore encore comment, par quel chemin. Il regarde son père, qui baisse la tête. Ils restent ainsi, un moment, silencieux. Puis l’homme se lève. Il dit à son fils :

- Adieu.

Il s’en va. Lynx ne doit pas bouger. Il le sait. Alors il reste là, parmi les chants d’oiseaux. Son père revient au village. Au bord du fleuve, les canoës sont alignés sur le sable. Les gens de la tribu les poussent dans le courant : ils quittent tous le campement. Ils partent à la recherche du pays des bisons, vers le soleil levant. Cela, Lynx l’ignore. Il va devoir survivre sans ressources, seul, dans son village abandonné.

Sa grand-mère lui a laissé un inestimable cadeau : quelques braises rougeoyantes dans un petit tas de cendres. Lynx attend jusqu’au crépuscule, dans la clairière, puis il s’en va par la forêt obscure. Il a peur. Il entend mille bruits inconnus, des froissements d’herbe, des cris sinistres dans les feuillages.

Tout à coup, sur le sentier, devant lui, une ombre humaine apparaît. Un homme. Un homme ? Son corps est comme une brume vaguement lumineuse. Deux yeux pareils à deux étoiles dans son visage ténébreux regardent l’enfant fixement.

Ces mots résonnent dans l’air de la nuit :

- N’aie pas peur, je suis Quals, le dieu bienfaisant. Je suis venu te dire que tu ne seras jamais seul au monde. Ton village est là-bas.

Il désigne un point, à travers les arbres. Lynx s’en va en courant.

Maintenant, errant sous la lune dans son village mort, il découvre qu’il va devoir vivre comme un animal solitaire. Il trouve les braises sous la cendre. Il les ranime, et s’endort. Dès qu’il s’éveille, à l’aube, il se met à l’ouvrage. Il fabrique un arc avec une branche souple et une corde en fibre de liane. Il taille quelques flèches et part à la chasse. Le dieu Quals le protège : Lynx tue une multitude d’oiseaux. Il les dévore. De leur plumage multicolore, il se fait un manteau si beau, si éblouissant que le soleil traversant le ciel s’arrête un instant, en plein midi, pour le contempler. Lynx le salue.

Alors un homme apparaît au-dessus des huttes. Il descend vers lui, comme un oiseau. Il est rouge, son corps est un crépitement d’étincelles. Il se pose devant l’enfant vêtu de plumes, il lui dit :

- Si tu me donnes ton manteau, je te donnerai le mien. Tu ne perdras pas au change. Regarde, il est en fine peau de gazelle, et son pouvoir est grand : chaque fois que tu le plongeras dans le fleuve, il se remplira de poissons.

- D’accord, dit Lynx.
Il échange son manteau de plumes contre le manteau du soleil.

Maintenant, Lynx vit depuis une année dans son village abandonné. Il fait tous les jours des pêches miraculeuses, grâce au manteau du soleil. Il a construit une grande hutte où il a entassé d’immenses réserves de poisson séché. Il s’endort tous les soirs heureux, devant son feu.

Or, un matin, un chasseur vient par le fleuve dans un canoë d’écorce. Les hommes de sa tribu l’ont envoyé voir si Lynx a survécu, et s’il est devenu un homme véritable. Lynx a grandi, il n’a plus son regard d’enfant. Son poitrail est large, ses muscles sont saillants. Il accueille le chasseur, il le rassasie de poisson séché et de volaille. Il lui dit :

- Va chercher ceux de notre peuple. J’ai ici de quoi les nourrir. Ils vivront heureux, paisibles. Ils n’auront plus à craindre la famine.

Le messager s’en va et revient avec la tribu. Lynx le puissant, dans son manteau magique, est maintenant l’homme le plus respecté du village. Le plus fier aussi.

Un jour, il découvre la trace d’un cerf, dans la forêt. Il la suit, son arc au poing. La chasse pourtant n’est plus pour lui un travail nécessaire, le manteau du soleil suffit amplement à le nourrir, lui et ses frères humains. Mais il veut affirmer sa force. Il poursuit le cerf, il le traque. Voici la bête à sa merci contre un rocher.

Lynx ajuste une flèche sur son arc. Alors, derrière lui, une voix forte arrête son geste. C’est le dieu Quals, au visage ténébreux, aux yeux d’étoiles. Il dit :

- Quand tu n’étais qu’un enfant désarmé, j’ai demandé au soleil de te donner son manteau magique pour que tu n’aies plus à chasser. Maintenant, c’est le cerf qui a besoin de ma protection.

Lynx ne l’écoute pas, il ricane et tend la corde de son arc. Alors le dieu Quals effleure son épaule et Lynx ne bouge plus. Il ne bougera plus jamais, car le dieu Quals, en cet instant, le change en haute pierre à forme humaine. Puis il prend dans ses bras le cerf qui broute l’herbe paisiblement et le lance dans le ciel.

La Grande Ourse qui brille dans les nuits claires, c’est lui, le cerf.

C’est ce que racontent les Indiens, le soir, aux enfants que le sommeil fuit.

 

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