Conte groenlandais, offert par Cram Cram ! Le magazine de découverte du monde

Conte publié dans notre Cram Cram 35 au Groenland
Les contes traditionnels font partie du patrimoine de l'humanité. Nous ne sommes que des passeurs. C'est avec plaisir que nous offrons ce conte aux petites oreilles et aux grands cœurs.
Illustrations Lucy Rioland. 

 

Tout le village s’était réuni en silence autour d’Angakoq, le chaman. Il prit son grand tambour et se mit à chanter. 
Il chanta l’esprit, la glace, il chanta le feu, il chanta les animaux. 

 

Angakoq avait vu que la lune était habitée, il y avait vu une maison, il eut envie d’y aller. Quand Angakoq partait, il chevauchait son tornaq, son véhicule de rêve, un large ours blanc qui le menait à travers l’espace, ainsi 
il pouvait voyager sans encombre. 

 

La maison de la lune était gardée par le corps monstrueux d’un morse, mais Angakoq parvint à passer cet horrible obstacle. La maison possédait un long couloir d’entrée gardé par Tirie’tiang, le chien de l’homme de la lune. 

 


À l’intérieur se trouvait une femme très belle. Elle était le soleil. Elle était cachée derrière une lampe posée devant elle. Accroupie, elle entretenait le feu. Près d’elle, Angakoq vit une pile de nourriture, un monceau de bonnes viandes à manger. 

 

 

Quand la femme vit Angakoq, elle éteignit la lampe et l’homme de la lune invita Angakoq à le rejoindre. Angakoq entra mais l’homme de la lune ne lui offrit aucune nourriture, il dit : 
— Ululiernang, ma femme, va bientôt rentrer, elle va danser ! Tu peux regarder mais surtout ne ris pas. Si tu ris, ma femme prendra son couteau, coupera tes intestins et les donnera à l’hermine qui est dans la butte à côté de la maison. 

 

Sa femme revint, elle tenait un plat oblong dans lequel se trouvait son ula, le petit couteau qu’elle tient toujours accroché à sa ceinture. Elle déposa le plat, puis se mit à danser, Angakoq regardait.

 

À un moment, elle se tourna et montra son dos à Angakoq. Son dos était complètement creux et ouvert, 
elle n’avait pas de peau, pas de muscles, elle n’avait aucun organe, seuls les poumons et le cœur ! Angakoq se tut, effrayé. Puis l’homme de la lune rejoignit sa femme et se mit à danser avec elle. Pendant qu’ils dansaient, 
ils firent des grimaces et des mimiques si drôles qu’Angakoq était près d’éclater de rire, quand il se souvint de la recommandation de l’homme de la lune et il s’enfuit en courant. L’homme de la lune cria derrière lui : 
— Uqsurelikaleqdjuin, repars sur ton large ours blanc comme tornaq ! Angakoq s’échappa sans être touché grâce à son ours tornaq, son véhicule de rêve. 

 

Lors de sa seconde visite sur la lune, il avait maîtrisé son penchant à l’hilarité. L’homme de la lune lui offrit de nouveau l’hospitalité, et à nouveau il dansa avec sa femme devant Angakoq. Cette fois, quand la danse fut finie, l’homme de la lune lui montra la maison, ils en firent le tour. 
Puis il laissa Angakoq regarder dans la hutte voisine.

 

À l’entrée de cette hutte, Angakoq vit un troupeau de rennes galopant dans de vastes plaines. L’homme de la lune lui dit : 
—  Choisis un renne l 
Le renne choisi tomba dans un trou et atterrit sur terre. Tout un troupeau apparut derrière lui. Dans la hutte suivante, Angakoq vit des phoques 
à profusion. L’homme de la lune lui dit : 
— Choisis un phoque ! 
Le phoque choisi tomba par un trou dans la mer. Toute une troupe apparut dans son sillage entre les vagues. Ensuite, Angakoq quitta la lune sur son tornaq, le large ours blanc, qui le ramena chez lui à toute vitesse.

 

Pendant tout ce temps, le corps d’Angakoq était resté affaissé, sans vie apparente. Ses gants étaient tombés, mais ils étaient pourtant restés maintenus serrés par des nœuds que n’avait pas faits Angakoq. Angakoq réintégra son corps qui reprit vie, il se releva et raconta son voyage à l’assistance qui était restée immobile à l’attendre. Ils furent très contents du don de l’homme de la lune qui leur avait envoyé des rennes et des phoques ! Ils avaient plein de nourriture ! L’homme de la lune était un homme vraiment bon.