Conte persan, offert par Cram Cram ! Le magazine de découverte du monde

Conte publié dans notre Cram Cram 39 en Iran.
Les contes traditionnels font partie du patrimoine de l'humanité. Nous ne sommes que des passeurs. C'est avec plaisir que nous offrons ce conte aux petites oreilles et aux grands cœurs.
Illustrations Lucy Rioland. 

 

Il était une fois un vieux fleuve perdu dans les sables du désert. Il était descendu d’une haute montagne qui se confondait maintenant avec le bleu du ciel. Il se souvenait avoir traversé des forêts, des plaines, des villes, il était alors vivace, bondissant, puis large, fier et noble. 
Quel mauvais sort l’avait conduit à s’enliser parmi ces dunes basses où n’était plus aucun chemin ? Où aller désormais, et comment franchir ces espaces brûlés qui semblaient infinis ? Il l’ignorait et se désespérait.

 

Or, comme il perdait courage à s’efforcer en vain, lui vint des sables une voix qui lui dit :
– Le vent traverse le désert. Le fleuve peut en faire autant.
Il répondit qu’il ne savait voler, comme faisait le vent.

 

 

– Fais donc confiance aux brises, aux grands souffles qui vont, dit encore la voix. Laisse-toi absorber et emporter au loin.

Faire confiance à l’air hasardeux, impalpable ? Il ne pouvait accepter cela. Il répondit qu’il était un terrien, qu’il avait toujours poussé ses cascades, ses vagues, ses courants dans le monde solide, que c’était là sa vie, et qu’il lui était inconcevable de ne plus suivre sa route vers des horizons sans cesse renouvelés.


 

Alors la voix lui dit (ce n’était qu’un murmure) :
– La vie est faite de métamorphoses. Le vent t’emportera au-delà du désert, il te laissera retomber en pluie, et tu redeviendras rivière.

Il eut peur tout à coup.
Il cria :

– Mais moi je veux rester le fleuve que je suis !

 

– Tu ne peux, dit la voix des sables. Et si tu parles ainsi, c’est que tu ignores ta véritable nature. Le fleuve que tu es n’est qu’un corps passager. Sache que ton être impérissable fut déjà maintes fois emporté par le vent, vécut dans les nuages et retrouvera la Terre pour à nouveau courir, ruisseler, gambader.
Le fleuve resta silencieux. Et comme il se taisait, un souvenir lui vint, semblable à un parfum à peine perceptible. « Ce n’est peut-être rien qu’un rêve », pensa-t-il. Son cœur lui dit : « Et si ce rêve était ton seul chemin de vie, désormais ? »

 

Le fleuve se fit brume à la tombée du jour. Craintif, il accueillit le vent, qui l’emporta. Et soudain familier du ciel où planaient des oiseaux, il se laissa mener jusqu’au sommet d’un mont. Loin au-dessous de lui les sables murmuraient :

– Il va pleuvoir là-bas où pousse l’herbe tendre. Un nouveau ruisseau va naître. Nous savons cela. Nous savons tout des mille visages de la vie, nous qui sommes partout semblables.

La voix sans cesse parle. Comme la mémoire du monde, le conte des sables est infini.
 

 

 

Le bâton à clous

 


Un garçon était très impatient et colérique : il s’énervait pour un oui ou pour un non et les paroles qu’il prononçait alors blessaient tous ceux qui l’entouraient.
Un jour, son grand-père le prit à part et lui donna un bâton et une petite boîte remplie de clous. Il lui dit : « Chaque fois que tu te mettras en colère, fais-moi plaisir, plante un clou dans ce bâton ! »
Le garçon aimait beaucoup son grand-père et bien qu’il ne comprît pas pourquoi cela lui ferait tant plaisir qu’il plante des clous, il obéit à son aïeul. Le premier jour il ne planta pas moins de quarante-deux clous ! 
– C’est beaucoup, dit le vieil homme. Demain, essaie de te contrôler.
Pour plaire à son grand-père, l’enfant fit des efforts pendant tous les jours qui suivirent. Bien sûr, il continua à planter des clous dans le bâton, mais il faut avouer qu’il en mettait de moins en moins. Finalement, arriva le jour où l’enfant n’eut à planter aucun clou. Ce fut la première journée sans colère ! Tout heureux, il alla trouver son grand-père et lui annonça la bonne nouvelle.
– Grand-père, je sais me maîtriser, je ne me mets plus en colère ! Aujourd’hui je n’ai pas planté de clou ! dit-il, tout excité.
– C’est très bien, le félicita son grand-père, mais tu vas continuer. Seulement au lieu de planter un clou, tu vas en arracher un de ton bâton, chaque fois que tu ne perdras pas patience alors que tu aurais pu te mettre en colère.

Le garçon obéit encore et tous les jours, très consciencieusement, il fit ce que son grand-père lui avait demandé : les jours où il ne se mettait pas en colère, il enlevait un clou de son bâton. Le temps passait.
Bientôt l’enfant annonça à son grand-père qu’il ne restait plus un seul clou et, triomphant il lui montra le bâton, aussi lisse qu’il l’était au premier jour.
– Je suis content pour toi, mon garçon, dit le vieil homme, je vois que tes efforts ont porté leurs fruits. Pourtant regarde bien le bâton. Crois-tu qu’il soit exactement le même que le jour où je te l’ai remis ?

Le garçon regarda attentivement et constata qu’en effet, les clous avaient laissé des trous.
– Tous ces trous qui percent le bois font que plus jamais ce bâton ne sera comme avant. II a perdu un peu de sa beauté et beaucoup de sa force : on peut le casser plus facilement désormais. 
L’enfant se taisait. Alors, doucement, le grand-père continua.
– Ainsi est le cœur de l’homme. Chaque fois que tu te disputes avec quelqu’un et lui dis des mots méchants, tu lui laisses une blessure comme celle dans le bâton. Tu peux planter un couteau dans le cœur d’un homme et le lui retirer après, il restera toujours une blessure. Alors, prends garde de ne pas blesser les gens que tu aimes, tes amis, et toi-même...